[Focus] Tiques : l’expansion de Hyalomma marginatum inquiète

Publié le 20 mai 2026 par Nicolas Rousseau.

Originaire d’Afrique et d’Asie, la tique Hyalomma marginatum est désormais établie sur le territoire français. Vectrice du virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo, elle représente un risque sanitaire croissant. L’essentiel en 5 points clés.

 

Une espèce exotique durablement installée

Hyalomma marginatum est une tique dure, reconnaissable à son rostre long et à ses pattes bicolores à anneaux blanchâtres. Présente depuis plusieurs décennies en Corse, elle a été détectée à partir de 2015 sur le littoral méditerranéen. Elle est aujourd’hui observée dans les garrigues et les collines sèches de plusieurs départements : Pyrénées-Orientales, Aude, Hérault, Gard, Bouches-du-Rhône, Var et sud de l’Ardèche.

« On a démontré assez récemment qu’elle était capable de réaliser son cycle entier de développement en France. Elle y a trouvé des conditions favorables pour se développer et des groupes de vertébrés pour se multiplier. Une combinaison de facteurs qui explique son installation », explique Muriel Vayssier-Taussat, microbiologiste et directrice du Carnot France Futur Élevage.

D’après les modèles climatiques, l’extension du climat méditerranéen, notamment vers la vallée du Rhône et la côte Atlantique, laisse présager un élargissement progressif de l’aire de répartition de l’espèce.

Un comportement distinctif

Contrairement à Ixodes ricinus, la tique la plus fréquente en France, Hyalomma marginatum ne se contente pas d’attendre passivement son hôte. Elle est capable de se déplacer activement pour « attaquer » sa proie.

 Sa taille plus imposante la rend plus facilement identifiable, un avantage pour sa détection sur les animaux. Sa forme adulte parasite principalement les grands ongulés domestiques et sauvages : bovins, chevaux, sangliers.

Le virus FHCC, une menace réelle

Active entre avril et juillet, la forme adulte peut occasionnellement piquer l’être humain. Si la tique est infectée, elle peut transmettre le virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo (FHCC), extrêmement pathogène, avec un taux de létalité pouvant atteindre de 10 à 40 %.

« Aucun cas humain autochtone n’a encore été signalé en France. Cependant, le risque d’émergence de cette maladie sur le territoire est réel », avertit l’Anses. Le précédent espagnol est éloquent : le virus FHCC y a été détecté dans des tiques plusieurs années avant l’apparition des premiers cas humains. Aujourd’hui, d’un à trois cas y sont enregistrés chaque année.

Des agents pathogènes multiples

Fin 2023, le virus FHCC a été détecté pour la première fois en France dans des tiques Hyalomma marginatum collectées sur des bovins des Pyrénées-Orientales, puis en Corse. « Nous savons que des troupeaux sont infectés par ces tiques. Des campagnes de prélèvement de sang ont été réalisées sur des bovins pour en réaliser une sérologie. Celle-ci a révélé la présence d’anticorps, prouvant leur infection par le virus FHCC, sans qu’ils ne déclenchent de symptômes », précise Muriel Vayssier-Taussat.

Au-delà du FHCC, la tique est également vectrice de Rickettsia aeschlimannii (fièvres boutonneuses) et de parasites responsables de piroplasmoses équines. Il est probable qu’elle transmette une diversité encore plus large d’agents pathogènes peu étudiés à ce jour.

La lutte chimique, un outil insuffisant

Les acaricides constituent aujourd’hui l’unique moyen de lutte, avec de sérieuses limites. « Ces traitements ne peuvent être utilisés à de très larges échelles. De plus, des phénomènes de résistance peuvent apparaître », prévient Muriel Vayssier-Taussat.

La piste la plus prometteuse serait d’exploiter le microbiote des tiques pour limiter l’acquisition ou la transmission des agents pathogènes. L’Anses préconise de son côté une lutte intégrée, combinant mesures physiques, biologiques, écologiques et chimiques, ainsi que le développement de la lutte biologique, de la vaccination anti-tique et d’actions visant à réduire les contacts entre tiques et hôtes.

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